Je suis un peintre et je filme les paysages, sujets de mes peintures à venir.
Ce qui m’anime peut se décrire par les mots : faire l’expérience du monde. Je les ai appris dans Moby Dick, quand Ismaël répond au capitaine Achab qui lui demande pourquoi il veut voyager : « (je veux) voir un peu ce que c’est, je veux voir le monde ». Mais qui mieux que Cézanne m’a appris que le regard est le coeur de l’activité de l’artiste ? Quand il « rêve » de la compréhension de la nature du point de vue du tableau il n’a de cesse pour cela que de la regarder. Cézanne détaille alors le phénomène à Joaquim Gasquet ; il lui raconte ses séances de peinture sur le motif, devant la Sainte-Victoire. « La moindre défaillance d'oeil fiche tout à bas […] J’ai besoin de connaître la géologie, comment Sainte-Victoire s'enracine, la couleur géologique des terres, […]. J'ai besoin de connaître la géométrie, les plans. L'ombre est-elle concave ? Me suis-je demandé. Qu'est-ce que ce cône là-haut ? Tenez, de la lumière ? J'ai vu que l'ombre sur Sainte-Victoire est convexe, renflée. […] Les plans dans la couleur ! […]. Je fais mes plans avec mes tons sur la palette […]. Les volumes seuls importent. […] Si je peignais ça...
Ne serait-ce pas la réalisation de cette partie de la nature qui tombant sous nos yeux nous donne le tableau? » Le regard est celui qui décide de la justesse des moyens d’expression. Il est ma méthode pour penser comment je vais peindre le paysage et quand je filme, la durée permet aux bonnes idées de s’insinuer. J’ai voulu faire de ce temps que je passe, l’événement central des vidéos que je présente ici : on y voit le regard qui élabore. La fragilité du processus porte le titre : Nous disons que j’imagine.