Pascal Pinaud est commissaire d’exposition à ses heures, ce que révèle ici son sens très sûr de la scénographie. L’espace de la galerie sera radicalement redéfini, clonant l’atelier de l’artiste par l’intermédiaire d’un panorama photographique grandeur nature, et devenant par cette métamorphose un lieu où les différentes dimensions de l’espace et du temps se télescopent.
En accrochant de vraies oeuvres près de leur reproduction photographique, Pascal Pinaud se livre à une triple mise en abîme : il donne à voir simultanément la galerie au présent, l’atelier au moment x de la prise de vue, et les oeuvres qui contiennent elles-mêmes de multiples niveaux d’espace-temps. Une quatrième dimension vient encore complexifier l’affaire : celle du futur, car il s’agit d’un travail à épisodes, dont la galerie nous livre aujourd’hui le premier acte. Le panorama sera réutilisé pour d’autres expositions, dans d’autres lieux, portant à chaque fois les traces de ses avatars précédents.
Nous sommes au coeur des problématiques qui mobilisent Pascal Pinaud. Il ne s’agit jamais tout simplement de peinture, et il ne s’agit jamais tout simplement d’une image. Chaque oeuvre est issue d’une anecdote, procède d’un hors champ essentiel qu’elle donne à voir ou à deviner.
Pascal Pinaud fait appel à la participation fortuite d’une pléthore d’acteurs parfois involontaires, incluant dans ses « tableaux » une multitude d’objets chinés, autant de ready-made contenant déjà une histoire : tapisseries d’ameublement, canevas réalisés soigneusement par des inconnus, tapis d’orient, test’arts de carrossiers, poussière ou fiente d’oiseau cérémonieusement piégés dans le vernis irréprochable de l’oeuvre. Le temps lui-même devient acteur, et semble consentir à cette participation ludique. Le mot « tableau » prend un sens nouveau, comme on dit brosser le tableau d’une situation, ce qui veut dire qu’on y intègre tous ses constituants divers.
Son art, riche en citations - le monochrome, la peinture abstraite, l’art minimal - se re-crée continuellement. L’intense subjectivité de la démarche, la fantaisie, sont sources irréfutables de plaisir. Le visiteur est convié au festin, ici par l’immersion dans un espace qui a déjà été, pour son bénéfice, totalement…re-visité : dans un ultime tour de passe-passe, l’artiste se confond avec le spectateur, partageant avec lui son propre regard.
Claire Bernstein, écrivain, critique d’art


 
 
 
 
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