ANTHONY PLASSE
« Anthony Plasse : la causa »
Galerie Catherine Issert, Saint-Paul-de-Vence
Du 12 septembre au 24 octobre 2026
À partir du 12 septembre 2026, la galerie Catherine Issert présente la première exposition entièrement consacrée à l’œuvre d’Anthony Plasse. Le travail de l’artiste, fondé sur une technique originale issue de la photographie, se joue des frontières entre les disciplines : photographie, peinture, dessin… Anthony Plasse passe aisément d’un domaine à l’autre, pour révéler un geste abstrait tout à fait singulier. Avec la lumière pour médium, il conjugue une rigoureuse maîtrise des procédés et une place de choix laissée au hasard et à l’improvisation. Donnant à voir une infinie variation de tonalités monochromes, allant de l’écru de la toile de jute au noir intense obtenu après l’étape de révélation photographique, l’exposition ouvre une stimulante réflexion sur les potentialités d’une expression plastique minimale, et sur la rencontre des œuvres et des lieux.
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« Une âme ne saurait développer tout d’un coup ses replis, car ils vont à l’infini. »
Gottfried Wilhelm Leibniz, Monadologie, cité par Gilles Deleuze dans Le Pli, Leibniz et le baroque
Les œuvres d’Anthony Plasse (né en 1987) donnent à la grisaille une incontestable noblesse. Du noir profond au blanc cassé, sa grammaire monochrome déploie mille accidents, mille nuances, mille intensités, qui ouvrent la voie à l’émergence de traces énigmatiques. Présences spectrales, mystérieuses auras : de loin en loin, ces impressions en clair-obscur évoqueraient presque ces expériences photographiques de la fin du xixe siècle où l’on cherchait à faire apparaître des fantômes sur les clichés. La référence à l’histoire de la photographie, et notamment à ses premiers âges placés sous le sceau de l’expérimentation, est ici loin d’être innocente, et, si Anthony Plasse ne joue pas le rôle du médium convoquant les âmes, il n’en est pas moins un messager hardi, captant les formes retenues dans les lieux, pour engager avec elles un puissant dialogue.
L’artiste a en effet développé une technique des plus singulières, s’apparentant indiscutablement à la photographie, mais relevant tout autant de la peinture et du dessin, voire, dans une certaine mesure, de domaines requérant une troisième dimension, comme la sculpture ou l’installation. Après avoir effectué de minutieuses séries de croquis ou de maquettes, il saisit son outil de peintre, un pistolet pulvérisateur, pour enduire de gélatine argentique, photosensible, une toile de jute. Le tissu est ensuite plié, replié, selon ses notations préparatoires fonctionnant telles des partitions. Anthony Plasse s’empare alors de son attirail de photographe : dans une chambre noire, il déclenche son flash, avant que le révélateur ne vienne faire émerger les lignes et les masses. La toile sera finalement exposée dans sa matérialité brute, dévoilant ses plis et ses épaisseurs, ou bien montée sur châssis. Toile, châssis, pistolet, gélatine argentique, flash, révélateur… D’évidence, on comprend que l’artiste navigue aisément entre les arts. Mais son véritable médium, son principal outil, ne serait-il pas la lumière, ou peut-être son absence ? Ces œuvres monochromes, sous le signe du noir, y sont bel et bien nées. Pour traquer les bruissements de l’espace, Anthony Plasse a appris à travailler à tâtons, dans l’obscurité. Néanmoins, il ne se contente pas d’un simple enregistrement photographique des formes : il les laisse venir à lui, et, cette fois-ci au grand jour, les saisit au rebond, élabore de nouvelles hypothèses. Son travail oscille entre maîtrise, abandon, et intervention : la méthode, fondée sur un processus photochimique, est extrêmement technique, mais le hasard et l’improvisation y gardent une place de choix ; et, dans le même temps, l’artiste aime reprendre la main, engager sa subjectivité et son corps, découpant, réassemblant, suturant parfois la toile, pour libérer les motifs dans leur langage le plus abouti.
Si l’on devait regarder la production d’Anthony Plasse par le prisme de la peinture, on en soulignerait l’étonnante abstraction, qui pourrait suggérer des échos à des figures de l’art informel telles qu’Antoni Tàpies ou Alberto Burri, eux qui firent la part belle aux matériaux pauvres et rugueux, et qui surent en quelque sorte « faire peinture » avec des éléments extra-picturaux. On y décèlerait aussi des réminiscences de personnalités inscrites dans une tradition minimaliste et fascinées par le signe, comme Martin Barré ou Christopher Wool, que l’artiste a attentivement regardés. Pourtant, la « peinture » d’Anthony Plasse, si l’on peut ainsi la nommer, résiste aux catégorisations. Elle n’est pas véritablement informelle, et encore moins gestuelle, le travail de la main y étant souvent mis à distance. Elle n’est pas non plus géométrique, bien qu’elle mette en scène des formes puissamment structurées. Face à celles-ci, on pourrait se plaire à imaginer des plans d’architecte, qui dessineraient d’impénétrables bâtiments. Courant le long des murs, épousant les angles, ou bien posées dans les espaces d’exposition comme des parois mobiles, les œuvres d’Anthony Plasse deviendront elles-mêmes des éléments constitutifs du site qui les accueille. Et c’est là sans doute ce qui traverse et caractérise tout son geste artistique : un art d’ancrer l’œuvre dans son lieu et de dialoguer avec les espaces, un sens topologique aigu, lequel révèle, dans sa courageuse âpreté, un minimalisme foisonnant.
Elsa Hougue
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Anthony Plasse: la causa
Galerie Catherine Issert, Saint-Paul-de-Vence
12 September – 24 October 2026
From 12 September 2026, Galerie Catherine Issert presents its first exhibition devoted entirely to the work of Anthony Plasse. Rooted in an original technique derived from photography, the artist's practice blurs the boundaries between disciplines. Photography, painting, drawing… Anthony Plasse moves effortlessly from one medium to another, revealing a singularly abstract gesture. With light as his medium, he combines rigorous technical mastery with a deliberate openness to chance and improvisation. Offering an endless range of monochromatic tonalities—from the raw ecru of burlap to the dense black achieved through photographic development—the exhibition invites a compelling reflection on the possibilities of a minimal visual language, and on the encounter between works and the spaces that receive them.
"A soul cannot unfold all at once its many folds, for they extend to infinity."
Gottfried Wilhelm Leibniz, Monadology, quoted by Gilles Deleuze in The Fold: Leibniz and the Baroque
The works of Anthony Plasse (born 1987) lend an undeniable nobility to shades of grey. From deep black to off-white, his monochrome vocabulary unfolds through countless accidents, nuances and intensities, allowing enigmatic traces to emerge. Spectral presences, mysterious auras: here and there, these chiaroscuro impressions almost recall the photographic experiments of the late nineteenth century, when practitioners sought to capture ghosts on photographic plates. The reference to the history of photography—particularly its earliest experimental period—is far from incidental. Although Anthony Plasse does not assume the role of a medium summoning spirits, he nonetheless acts as a daring intermediary, capturing the forms held within places in order to engage them in a powerful dialogue.
The artist has developed a highly distinctive process that unmistakably belongs to photography while also drawing upon painting and drawing, and even, to some extent, practices requiring a third dimension, such as sculpture or installation. After producing meticulous series of sketches and maquettes, he takes up his painter's tool—a spray gun—to coat a piece of burlap with light-sensitive silver gelatin. The fabric is then folded and refolded according to preparatory notations that function like a musical score. Anthony Plasse then assumes the role of photographer: in the darkroom, he triggers a flash before the developer gradually reveals lines and masses. The canvas is ultimately presented either in its raw materiality, exposing its folds and thickness, or stretched on a frame. Canvas, stretcher, spray gun, silver gelatin, flash, developer: it is immediately apparent that the artist moves freely across artistic disciplines. Yet might his true medium, his essential tool, be light—or perhaps its absence? These monochrome works, marked by black, are indeed born from it. To pursue the subtle murmurs of space, Anthony Plasse has learned to work by touch, in darkness. Yet he does not settle for the mere photographic recording of forms. He allows them to come towards him and, this time in full daylight, catches them in motion, developing new possibilities. His practice oscillates between control, surrender and intervention: the method, grounded in a highly technical photochemical process, leaves ample room for chance and improvisation; at the same time, the artist reasserts his hand, engaging both his subjectivity and his body, cutting, reassembling and at times suturing the canvas in order to release its forms in their fullest expression.
Viewed through the lens of painting, Anthony Plasse's work reveals a remarkable abstraction, suggesting affinities with figures of Art Informel such as Antoni Tàpies or Alberto Burri, both of whom elevated humble, coarse materials and, in a sense, made painting out of what lay beyond painting itself. One may also detect echoes of artists working within a minimalist tradition and fascinated by the sign, such as Martin Barré and Christopher Wool, whose work Plasse has studied closely. Yet Anthony Plasse's "painting", if it may be called that, resists categorisation. It is neither truly Informel nor gestural, since the action of the hand is often held at a distance. Nor is it geometric, despite the powerfully structured forms it presents. Faced with these compositions, one might imagine architectural plans outlining impenetrable buildings. Running along walls, embracing corners, or positioned within the exhibition space like movable partitions, Anthony Plasse's works themselves become constituent elements of the sites that host them. This is perhaps the thread running through his entire artistic practice: an art of anchoring the work within its environment and engaging in dialogue with space; an acute topological sensibility that reveals, through its courageous austerity, a remarkably fertile minimalism.
Elsa Hougue

