Marine Wallon, Ce lieu-là
Réalisée en coproduction avec le musée de l'Abbaye de Saint-Claude, l’exposition Marine Wallon," Ce lieu-là " présentée au musée Estrine réunit une soixantaine d’œuvres et propose un parcours à travers quinze années de création, offrant ainsi un regard approfondi sur l’évolution et la cohérence du travail de l’artiste.
Depuis 2013, Marine Wallon développe une œuvre picturale centrée sur le paysage, tout en interrogeant subtilement son inscription dans cette tradition. À travers ses toiles,
elle dépasse la simple représentation pour explorer la notion de lieu, envisagé comme
un espace de mémoire à la fois individuelle et collective. Son travail repose sur un processus singulier mêlant captures d’écran d’archives documentaires oubliées et prises de notes réalisées sur le motif. De cette démarche émergent des paysages incertains, propices à l’errance, à la déambulation et à la traversée. Mers ou montagnes, plages désertes, falaises abruptes, fleuves agités ou étendues
brumeuses : ces paysages apparaissent à la fois familiers et insaisissables.
Ont-ils été réellement vus, vécus, ou recomposés ? Les figures qui les habitent— skieurs égarés, promeneurs solitaires, embarcations mystérieuses — participent de cette ambiguïté. Seuls les titres, souvent constitués de toponymes à la sonorité singulière, offrent de discrets indices géographiques. La multiplicité des points de vue construit une spatialité ouverte, presque labyrinthique, dans laquelle le regard est invité à circuler librement, à s’attarder, voire à se perdre. Cette approche fait écho à la notion d’« arrière-pays », chère au poète Yves Bonnefoy. Dans ces compositions, la figure — humaine ou animale — est souvent réduite à une présence minimale, immergée dans de vastes champs colorés oscillant entre abstraction et figuration. Par la simplification des détails et l’usage de pinceaux de grande taille, l’artiste confère à la surface picturale une vibration singulière, renforcée par une intensité chromatique
marquée. Les œuvres se distinguent également par une grande richesse de matières : des surfaces lisses traitées en aplats côtoient des zones plus denses, travaillées en touches épaisses. L’utilisation d’outils variés — spalters, grattoirs, spatules, chiffons ou laine de verre — contribue à suggérer la matérialité des éléments naturels, qu’il s’agisse d’un sol, d’un rocher ou d’une vague.
Plus récemment, Marine Wallon est revenue à son support d’origine, le papier. Elle y associe jus acryliques, pastel à l’huile et crayon, tirant parti de la légèreté du support pour saisir la fugacité de ses impressions. Son travail s’étend également au domaine de l’estampe. À la suite de la réalisation d'Isola, une plaque de cuivre gravée commandée par la Chalcographie du Louvre et imprimée en taille-douce, elle poursuit l’exploration de nouvelles techniques et élargit son champ d’expérimentation.
Commissariat : Anne Dary, conservatrice en chef honoraire du patrimoine.
L'exposition sera présentée au Musée de
l'Abbaye de Saint-Claude du 17 octobre 2026 au
7 mars 2027.
Catalogue : aux éditions Liénart. 160 pages.
